Pour des politiques publiques sportives progressistes, populaires et émancipatrices Retour sur notre table ronde du 19 février 2026

Jeudi 19 février 2026, la Coloc’ de l’Ourcq à Bobigny accueillait un débat aussi nécessaire qu’urgent. La FSGT 93, fidèle à ses valeurs d’un sport inclusif et accessible à toutes et tous, organisait une table ronde ouverte au public autour d’une question centrale : comment remettre le sport au coeur d’une politique publique véritablement émancipatrice ?

La soirée a été introduite par Dominique Charrier, enseignant-chercheur émérite en politiques publiques sportives, et animée par la journaliste sportive Azaïs Peronnin. Les étudiantes et étudiants du Master Management et Politiques Publiques de l’Université Paris-Saclay ont assuré la synthèse des échanges, dont les travaux constituent la base de cet article.

Les intervenantes et intervenants :

  • Marie-George Buffet : ancienne Ministre des Sports (1997 - 2002) et ancienne Députée de la Seine-Saint-Denis (2002 - 2022)
  • Geoffrey Carvalhinho : conseiller régional d’Île-de-France, et conseiller municipal à la ville de Pantin
  • Ayodélé Ikuesan : athlète olympique de l’équipe de France d’athlétisme, et conseillère municipale à la Mairie du 18ᵉ arrondissement de la ville de Paris
  • Fatiha Keloua-Hachi : Députée de la Seine-Saint-Denis
  • Patrick Martin : Maire-adjoint aux sports de la ville de Tremblay-en-France, et membre de l’ANDES
  • David Raynal : Directeur de la culture, du patrimoine, des sports et des loisirs du Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis

UN CONTEXTE QUI IMPOSE LE DÉBAT

La table ronde s’est tenue dans un contexte doublement marquant.

D’un côté, le bilan post Paris 2024 : après l’élan médiatique des JOP, le budget consacré au sport a subi une baisse drastique, de l’ordre de 20% des financements globaux en moins, et 23 millions retirés à l’Agence Nationale du Sport. Le sport redevient ce qu’il n’aurait jamais dû être : une variable d’ajustement budgétaire.

De l’autre côté, l’imminence des élections municipales de mars 2026. Un moment clé pour interpeller les candidats, et obtenir des engagements concrets, notamment en Seine-Saint-Denis, territoire emblématique des inégalités sportives : 16 équipements pour 10 000 habitants, contre 49 en moyenne nationale, et trois jeunes sur quatre entrent en sixième sans savoir nager (et toujours un sur deux à la sortie de 6e).

CE SUR QUOI TOUT LE MONDE S’ACCORDE

Malgré la diversité des profils politiques et professionnels, les intervenants ont convergé sur plusieurs constats essentiels.

Le sport doit être reconnu comme un droit. Au même titre que la santé ou l’éducation, l’accès à la pratique sportive conditionne l’émancipation, le bien-être physique et psychique, et la cohésion sociale. Cette reconnaissance implique une obligation pour les acteurs publics, de mettre en place des politiques concrètes, et non de traiter le sport comme un luxe ou une option.

Le manque d’infrastructures est criant. Le parc d’équipements français, majoritairement construit dans les années 1960-1970, vieillit mal, et nécessite des mises aux normes dont le coût est colossal. Les inégalités territoriales sont flagrantes, et les city stades, rapides à installer et politiquement visibles, ne sauraient remplacer les gymnases, piscines, ou tout autre type de structures publiques encadrées.

L’héritage des JOP 2024 est en trompe-l’oeil. Le modèle du ruissellement, selon lequel le sport d’élite entraînerait une dynamique généralisée de pratique, est contestée par les faits. La logique des grands évènements profite peu aux territoires populaires, qui restent les grands oubliés des retombées.

Les femmes, les personnes en situation de handicap et les publics précaires restent à la marge. Les équipements inadaptés, les barrières financières, physiques ou culturelles, le manque de créneaux, le sentiment d’insécurité... tant de freins qui maintiennent de nombreux publics loin de la pratique sportive. Des aménagements concrets et une volonté politique forte et affichée doivent exister, pour que l’inclusivité ne reste pas un simple slogan.

Le tissu associatif est en danger. Les bénévoles sont les piliers du sport populaire en France. Or, une crise profonde du bénévolat fragilise le mouvement sportif. La création d’un véritable statut de bénévole avec une reconnaissance institutionnelle a été évoquée comme une priorité.

LES POINTS OÙ LE DÉBAT S’AIGUISE

La table ronde n’a évidemment pas été un simple consensus ; quelques lignes de fracture ont émergé.

Équipements de proximité ou équipements structurants ? Des voix défendaient les petits équipements en libres accès, tels que les city stades ou les aires de street-workout, comme réponse pragmatique à une demande d’infrastructures. D’autres voix ont dénoncé la logique purement quantitative du plan 5000 équipements de l’ANS : beaucoup de structures marginales, insuffisamment encadrées, peu durables, et souvent monopolisés par une seule typologie de public. Comment remettre au coeur des préoccupations la question de la qualité, de l’encadrement, et celle de la mixité des usages ?

Service public ou délégation au privé ? La tension entre gestion publique et recours à des opérateurs privés a cristallisé le débat. Pour certains, la délégation de service public est une réponse pragmatique aux contraintes budgétaires. Pour d’autres, confier au privé la gestion d’équipements sportifs, c’est ouvrir la porte à la marchandisation du sport, au renforcement des inégalités, et transformer le sportif en client. Le cas de la ville de Tremblay-en-France qui gère ses équipements en régie directe, a été présenté comme une alternative concrète, viable, et beaucoup plus importante pour l’intérêt général.

LES PISTES POUR AGIR

La soirée d’échanges ne s’est pas limitée aux constats. Des propositions concrètes ont émergé, que la FSGT 93 souhaite continuer de porter dans le débat public :

  • Inscrire le sport comme compétence obligatoire des collectivités territoriales, seule garantie contre son traitement de variable d’ajustement
  • Co-construire les politiques sportives avec les acteurs locaux (clubs, associations, habitants...), permettant de donner voix aux premières et premiers concernés
  • Garantir la gratuité, ou à minima une tarification solidaire de l’accès aux équipements
  • Développer davantage les créneaux de pratiques partagées (pratique entre personnes valides et en situation de handicap)
  • Créer un statut tangible et reconnu par l’Etat, de bénévole, avec l’ouverture de droits facilitant l’implication durable du plus grand nombre
  • ...

CE QUE LA SOIRÉE N’A PAS DIT

Les étudiants de Paris-Saclay ont posé des questions aux intervenants à la fin de la table ronde, permettant de pointer les angles morts du débat. Quelques questions sont restées en suspens : comment rendre les espaces publics (et donc sportifs) réellement inclusifs ? Comment l’école peut-elle jouer son rôle de "bouclier des inégalités" si elle manque d’équipements et d’enseignants d’EPS ? Comment éviter que la baisse des subventions ne se répercute sur le prix des licences, instaurant une sélection par l’argent dans les clubs ? Comment faire du sport une thématique de campagne qui mobilise les citoyens vers les urnes ?

LA FSGT 93 CONTINUE LE TRAVAIL

Cette table ronde a confirmé ce que nous défendons depuis des décennies : le sport est un droit, un outil d’émancipation collective, un terrain de lutte contre les inégalités. Il doit être géré comme un bien commun, financé en conséquence, et construit avec celles et ceux qui le vivent et le font vivre au quotidien.

Nous remercions l’ensemble des intervenantes et intervenants, les étudiantes et étudiants de l’Université Paris-Saclay pour leur travail et leurs synthèses, les partenaires de la soirée (le COPER 93, l’AMF 93, l’Université du Sport Populaire et La Coloc’ de l’Ourcq), ainsi que le public présent pour la qualité des interventions et des échanges.

Retrouvez ci-dessous les synthèses des étudiants du Master 1 Management et Politiques Publiques, de l’Université Paris-Saclay.

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SYNTHÈSE 1
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SYNTHÈSE 2
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SYNTHÈSE 3
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SYNTHÈSE 4

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